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Comment utiliser ce dossier
Parcours autonome
Lisez d’abord sans dictionnaire, formulez des hypothèses, puis revenez sur le lexique. Les corrections fermées expliquent le raisonnement attendu.
Avec votre professeur
Les encadrés dédiés servent de points d’arrêt pour débattre, reformuler et travailler la précision du registre.
Durée indicative
Comptez environ 3 à 4 heures pour le parcours complet, ou 90 à 120 minutes en sélectionnant le texte central, l’analyse et une production.
1. Entrer dans l’histoire : quatre objets, quatre pouvoirs
Avant de lire, observez les documents. Chacun représente une manière différente de donner une existence publique à la langue : écrire, administrer, légitimer, codifier.




2. Frise historique : des ruptures apparentes, des évolutions lentes
3. Texte central — Le français, une langue construite par ses usages
Lecture longue C1. Première lecture : cherchez la thèse générale. Deuxième lecture : repérez les mécanismes de changement et les rapports entre langue, institutions et société.
Une langue n’a pas une naissance unique : elle se transforme par couches. Dire que le français « vient du latin » est juste, mais insuffisant. Entre le latin parlé en Gaule et le français contemporain s’étend une histoire faite de contacts, de déplacements de populations, de choix administratifs, d’innovations littéraires, de pratiques scolaires et d’usages quotidiens. Le français n’est donc ni le résultat d’un plan continu ni la simple conservation d’un héritage antique : c’est une construction collective, longtemps plurielle et toujours en mouvement.
À partir du Ier siècle avant notre ère, la romanisation de la Gaule installe progressivement le latin dans l’administration, l’armée, les échanges et une partie de la vie urbaine. La population n’adopte pourtant pas un latin uniforme. Elle parle des variétés populaires, différentes du latin littéraire. Les langues celtiques déjà présentes laissent un substrat (trace d’une langue antérieure dans une langue devenue dominante), perceptible dans certains mots et probablement dans plusieurs habitudes de prononciation. Après les grandes migrations de la fin de l’Antiquité, les langues germaniques, notamment celle des Francs, exercent à leur tour un superstrat (influence d’une langue arrivée après la langue principale, sans la remplacer). Des mots tels que guerre, blanc ou gagner rappellent cette histoire de contacts.
Le passage du latin au gallo-roman puis aux variétés romanes ne se fait pas par décret. Les sons changent, les déclinaisons latines s’érodent, l’ordre des mots devient plus déterminant et de nouveaux outils grammaticaux se stabilisent. La palatalisation (déplacement d’un son vers la zone du palais) contribue, parmi de nombreux phénomènes, à distinguer les langues romanes entre elles. Ainsi, le latin cantare aboutit en français à chanter. Ces évolutions sont lentes, inégales et souvent impossibles à dater précisément : les documents écrits ne montrent qu’une partie des usages oraux.
Un repère symbolique s’impose néanmoins : les Serments de Strasbourg de 842. Dans ce texte transmis par l’historien Nithard, deux petits-fils de Charlemagne prêtent serment chacun dans une langue que les troupes de l’autre peuvent comprendre. Une partie est rédigée en roman, une autre en germanique. Le texte roman est généralement présenté comme le plus ancien témoignage écrit conservé d’une forme de français. Il ne ressemble pourtant guère au français actuel. Sa valeur tient moins à l’existence soudaine d’une « langue française » qu’au fait qu’un usage vernaculaire (langue courante parlée par une population) devient digne d’être fixé par écrit dans une circonstance politique majeure.
Au Moyen Âge, il serait trompeur d’imaginer un territoire parlant déjà une langue nationale homogène. Au nord dominent plusieurs parlers d’oïl ; au sud, les parlers d’oc constituent un autre ensemble roman ; à l’est, à l’ouest et dans les zones frontalières se maintiennent d’autres langues et variétés. Le latin demeure la langue de l’Église, des savants et d’une partie de l’administration. Parallèlement, la littérature en langue vernaculaire se développe. La diffusion de chansons de geste, de romans, de chroniques et de textes religieux donne une visibilité croissante aux langues romanes. La langue du pouvoir capétien gagne du terrain, mais l’unification est très progressive.
Aux XVe et XVIe siècles, l’imprimerie change l’échelle de diffusion des textes. Un imprimeur doit choisir des graphies, un auteur souhaite être lu au-delà de sa région, un libraire cherche un marché plus vaste : ces contraintes favorisent une certaine convergence. La Renaissance amplifie aussi les débats sur la dignité du français. En 1549, Joachim du Bellay publie La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse. Son projet n’est pas de figer la langue ; il invite au contraire les écrivains à l’enrichir, à créer, à traduire et à rivaliser avec les langues prestigieuses de l’Antiquité.
Dix ans plus tôt, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 avait imposé le « langage maternel françoys » dans les actes de justice et d’administration concernés par ses articles célèbres. On en fait parfois le moment où le français serait devenu, d’un coup, la langue de toute la France. Cette lecture est trop simple. L’ordonnance vise d’abord la clarté des actes et l’abandon du latin dans certains usages officiels. Elle renforce la place du français administratif, mais elle ne supprime ni les langues régionales ni la diversité des pratiques. Entre norme juridique et réalité linguistique, l’écart demeure considérable.
Le XVIIe siècle est souvent associé à la codification (mise en règles explicites d’un usage linguistique). La création de l’Académie française en 1635 s’inscrit dans ce mouvement. Les grammairiens, les remarqueurs et les dictionnaires participent à la sélection de formes jugées légitimes. Le premier Dictionnaire de l’Académie française paraît en 1694. Cette normalisation répond à des besoins de communication et de prestige, mais elle établit aussi une hiérarchie entre usages. Le « bon usage » est longtemps défini à partir de milieux sociaux et géographiques précis. L’histoire de la norme est donc aussi une histoire sociale : toute forme répandue n’accède pas automatiquement au statut de forme reconnue.
À partir du XVIIIe siècle et surtout après la Révolution, la langue devient un enjeu politique de citoyenneté, d’administration et d’instruction. La volonté de rendre les lois accessibles s’accompagne de politiques d’unification linguistique. Au XIXe siècle, l’école, l’armée, la presse, les transports et la mobilité économique accélèrent la diffusion d’un français commun. Cette progression se fait souvent au détriment des langues régionales, longtemps dévalorisées dans les institutions. Parler d’« expansion du français » suppose donc de regarder deux mouvements à la fois : l’élargissement d’un espace commun de communication et la marginalisation de pratiques linguistiques locales.
Le XXe siècle renforce encore la circulation d’un modèle national par la scolarisation de masse, la radio, le cinéma et la télévision. Mais il révèle aussi avec plus de netteté que le français n’appartient pas à un seul centre. Au Québec, en Belgique, en Suisse, dans les Caraïbes, dans l’océan Indien et dans de nombreux pays africains, la langue a des histoires propres. La colonisation a contribué à son expansion internationale dans des rapports de pouvoir profondément asymétriques ; après les indépendances, les sociétés francophones ont développé des usages, des normes, des littératures et des politiques linguistiques qui ne peuvent être réduits à une simple extension de la France.
Au XXIe siècle, le français est une langue mondiale et pluricentrique (langue possédant plusieurs centres légitimes d’usage et de norme). Les pratiques numériques accélèrent la circulation des mots, des accents et des registres. Les emprunts ne constituent pas une anomalie : ils font partie de l’histoire de toutes les langues. Des mots ont circulé du latin, du germanique, de l’arabe, de l’italien, de l’anglais et de nombreuses langues des espaces francophones vers le français, parfois par étapes. Même certains termes présentés comme des anglicismes ont une histoire de circulation complexe. La question n’est donc pas seulement « d’où vient ce mot ? », mais « par quels réseaux sociaux, politiques, économiques et culturels a-t-il circulé ? ».
Cette longue histoire conduit à une conclusion essentielle : la norme et la variation ne sont pas des ennemies. Une norme commune facilite l’enseignement, l’administration et l’écrit public ; la variation révèle, elle, la vitalité des communautés qui parlent la langue. Comprendre l’histoire du français, c’est apprendre à tenir ensemble ces deux réalités. La langue française est à la fois héritage, institution, outil de communication et pratique vivante. Elle n’a jamais cessé de changer précisément parce qu’elle n’a jamais cessé d’être parlée.
4. Comprendre, hiérarchiser, interpréter
Compréhension globale — 5 décisions de lecture
Compréhension détaillée — réponses à construire
- Expliquez la différence entre substrat et superstrat avec un exemple tiré du texte.
- Pourquoi le latin reste-t-il essentiel au Moyen Âge même lorsque les langues vernaculaires se développent ?
- Reformulez en 2 phrases la nuance apportée au rôle de Villers-Cotterêts.
- En quoi la codification du XVIIe siècle est-elle aussi une histoire sociale ?
- Quels facteurs non juridiques accélèrent la diffusion du français commun au XIXe siècle ?
- Pourquoi la colonisation oblige-t-elle à distinguer diffusion d’une langue et neutralité des rapports de pouvoir ?
- Que gagne-t-on à considérer le français contemporain comme pluricentrique ?
5. Lexique de l’évolution linguistique
À ce niveau, il ne suffit pas de connaître une définition. Il faut distinguer les termes proches et savoir les réemployer dans une analyse.
| Terme | Explication | Exemple d’emploi | À ne pas confondre |
|---|---|---|---|
| substrat | Trace d’une langue antérieure dans une langue devenue dominante. | Le gaulois constitue un substrat dans l’histoire du gallo-roman. | superstrat |
| superstrat | Influence d’une langue arrivée après la langue principale, sans la remplacer. | Les langues germaniques ont laissé un superstrat lexical. | emprunt ponctuel |
| vernaculaire | Langue courante d’une communauté, par opposition à une langue savante ou institutionnelle. | Le roman devient progressivement langue écrite vernaculaire. | standard |
| codification | Mise en règles explicites d’une langue par grammaires, dictionnaires et institutions. | Le XVIIe siècle renforce la codification du français. | évolution spontanée |
| standardisation | Processus par lequel certaines formes deviennent communes et socialement reconnues. | L’imprimerie contribue à la standardisation graphique. | uniformité absolue |
| grammatisation | Développement d’outils de description : grammaires, dictionnaires, traités d’orthographe. | La grammatisation du français s’intensifie à la Renaissance. | grammaticalisation |
| grammaticalisation | Transformation progressive d’un mot autonome en outil grammatical. | Certains auxiliaires se sont développés par grammaticalisation. | grammatisation |
| palatalisation | Déplacement d’un son vers la zone du palais. | Plusieurs consonnes latines se transforment par palatalisation. | nasalisation |
| variation diatopique | Variation selon l’espace géographique. | Septante illustre une variation diatopique du lexique. | variation diastratique |
| variation diastratique | Variation liée aux groupes sociaux. | Certains usages sont associés à des milieux sociaux particuliers. | variation de registre |
| registre | Choix de formes selon la situation de communication. | Un locuteur peut passer d’un registre familier à un registre formel. | accent régional |
| plurilinguisme | Usage de plusieurs langues par une personne ou une société. | Le plurilinguisme est courant dans de nombreux espaces francophones. | pluricentricité |
| pluricentrique | Se dit d’une langue possédant plusieurs centres légitimes d’usage et de norme. | Le français contemporain peut être décrit comme pluricentrique. | multilingue |
Choisir le terme précis
6. Document 2 — Une histoire plurielle, pas une ligne droite
On raconte souvent l’histoire d’une langue comme celle d’une marche vers l’unité : des dialectes dispersés se rapprocheraient, une norme apparaîtrait, puis l’école achèverait le processus. Ce récit possède une part de vérité, mais il masque un élément décisif : le français s’est toujours construit au contact d’autres langues.
Dans la France médiévale et moderne, les habitants ne passent pas mécaniquement d’un « patois » au français. Beaucoup utilisent plusieurs répertoires selon les situations : une langue locale dans la famille, une variété régionale dans les échanges, du français dans certains actes, du latin dans les institutions savantes ou religieuses. Le répertoire linguistique (ensemble des langues et variétés qu’une personne peut mobiliser) est souvent plus pertinent que l’idée d’une langue unique attachée à chaque individu.
Cette pluralité ne disparaît pas avec l’État moderne. L’école et l’administration favorisent progressivement un français standard, tandis que des langues comme le breton, l’occitan, le basque, le corse, l’alsacien ou les langues créoles connaissent des trajectoires différentes. Certaines sont longtemps exclues des usages scolaires légitimes. Aujourd’hui, elles sont reconnues comme faisant partie du patrimoine linguistique, même si leur transmission reste très inégale.
À l’échelle mondiale, la situation est encore plus complexe. En Afrique, le français coexiste avec des centaines de langues africaines et peut être langue officielle, langue d’enseignement, langue seconde ou langue de communication entre personnes de langues premières différentes. Dans plusieurs pays, les locuteurs alternent entre langues au cours d’une même journée. Ce plurilinguisme (usage de plusieurs langues par une personne ou une société) n’est pas une transition imparfaite vers le français : il constitue une organisation linguistique durable.
Les variétés de français produites dans ces contextes enrichissent la langue. Des mots, des expressions, des rythmes et des références circulent entre continents grâce aux migrations, à la musique, à la littérature et aux médias numériques. La francophonie contemporaine ne se comprend donc plus comme un cercle organisé autour d’un centre unique. Elle forme plutôt un réseau d’espaces où le français est approprié, transformé et combiné à d’autres langues.
Pour un apprenant avancé, cette perspective change la manière d’écouter. Un accent n’est pas une déformation d’un accent « neutre » ; une expression régionale n’est pas nécessairement une faute ; une alternance entre langues peut être une stratégie sociale précise. La compétence C1 consiste alors aussi à reconnaître la variation, à identifier le registre et à adapter son propre discours sans confondre norme commune et uniformité.
Mettre les deux documents en relation
Identifiez une idée présente dans les deux textes et montrez comment le second la précise.
Trouvez un passage où la notion de « langue commune » pourrait entrer en tension avec la diversité des répertoires.
Le second texte adopte-t-il un ton descriptif, critique ou normatif ? Justifiez à partir de 3 indices.
Appliquez la notion de répertoire linguistique à une société francophone que vous connaissez.
7. Analyse du discours : comment raconter sans fabriquer un mythe ?
Les récits historiques sur les langues utilisent souvent des verbes et des métaphores qui donnent l’impression d’un sujet doté d’une volonté : « le français conquiert », « la langue s’impose », « le dialecte disparaît ». À C1, il faut reconnaître cet effet de simplification.
| Formulation | Ce qu’elle suggère | Reformulation plus analytique |
|---|---|---|
| Le français s’impose en 1539. | Un basculement total et immédiat. | L’ordonnance de 1539 renforce l’usage du français dans certains actes officiels, sans uniformiser immédiatement les pratiques. |
| Les dialectes disparaissent. | Un processus naturel sans acteurs ni politiques. | La transmission de nombreuses langues régionales recule sous l’effet combiné de l’école, de la mobilité et de politiques valorisant le français standard. |
| L’Académie fixe la langue. | Une norme créée une fois pour toutes. | L’Académie participe à la codification d’un usage de référence, tandis que les pratiques continuent d’évoluer. |
| Le français devient mondial. | Une diffusion homogène. | Le français circule dans des contextes historiques très différents et acquiert des fonctions diverses selon les sociétés. |
Fait, interprétation ou raccourci ?
8. Écrire l’histoire avec précision : nominalisation, passif et modalisation
Un texte historique avancé ne se contente pas d’aligner des événements. Il organise les causes, distingue ce qui est attesté de ce qui est interprété et choisit parfois de mettre l’accent sur le processus plutôt que sur l’acteur. Trois ressources syntaxiques sont particulièrement utiles.
Observation guidée
Repérez : 1) le verbe transformé en nom ; 2) la construction passive ; 3) l’expression qui introduit une réserve interprétative.
La règle
Nominalisation
La nominalisation (transformation d’un verbe ou d’un adjectif en nom) permet de présenter un processus comme un objet d’analyse : diffuser → diffusion ; codifier → codification ; stable → stabilité. Elle densifie l’écrit, mais un excès rend le texte abstrait.
Passif
Le passif déplace le centre d’attention vers le phénomène : Le français est diffusé par l’école. L’agent peut être exprimé ou omis. À l’écrit historique, il faut éviter de l’effacer quand il est essentiel à l’interprétation.
Modalisation
La modalisation (marques qui indiquent le degré de certitude ou la position du locuteur) permet de distinguer fait et interprétation : semble, peut être considéré comme, probablement, il est difficile d’affirmer que…
Points d’attention
Attention 1. Une nominalisation n’est pas automatiquement plus « savante ». Préférez-la quand elle permet de relier plusieurs causes ou conséquences.
Attention 2. Le passif peut cacher l’acteur : les langues régionales ont été marginalisées appelle parfois la question par quelles institutions, pratiques ou représentations ?
Attention 3. Modaliser ne signifie pas être vague. Une réserve précise vaut mieux qu’un « peut-être » généralisé.
Tableau de synthèse
| Objectif discursif | Ressource | Exemple | Effet |
|---|---|---|---|
| Construire un concept | Nominalisation | La diffusion du français s’accélère. | Densité, mise en relation. |
| Mettre le processus au premier plan | Passif | Le français est enseigné dans un réseau institutionnel. | Focalisation sur le résultat ou le phénomène. |
| Évaluer le degré de certitude | Modalisation | Ce changement semble avoir été progressif. | Prudence épistémique (prudence sur ce que l’on peut affirmer comme connaissance). |
| Opposer sans caricaturer | Concession | Certes la norme facilite l’intercompréhension, mais elle ne résume pas tous les usages. | Argumentation nuancée. |
Exemples riches
- La généralisation de l’école en français accélère la diffusion d’une norme commune.
- La place du latin est progressivement réduite dans certains usages administratifs.
- Les Serments de Strasbourg peuvent être considérés comme un repère symbolique plutôt que comme un acte de naissance.
- La codification contribue à stabiliser l’écrit, sans supprimer la variation orale.
- Bien que le français dispose d’une norme internationale, ses usages varient selon les espaces francophones.
- Il serait réducteur d’affirmer que l’ordonnance de 1539 a rendu toute la population francophone.
- La diffusion mondiale du français s’inscrit dans des histoires coloniales et postcoloniales diverses.
- Les pratiques numériques favorisent une circulation rapide des innovations lexicales.
9. Pratique grammaticale intensive — quatre paliers
Palier 1 — Observer et reconnaître
Observation 1 — identifier la fonction
Palier 2 — Comprendre et manipuler
Manipulation 1 — former le nom juste
Manipulation 2 — choisir une formulation historiquement prudente
Palier 3 — Transformer et produire en contexte
Transformation 1
Transformez sans perdre le sens : « Les institutions diffusent progressivement une norme commune. » Commencez par La diffusion…
Modèle de contrôle
La diffusion progressive d’une norme commune par les institutions s’intensifie. D’autres réponses sont possibles si l’agent et la progression restent clairs.
Transformation 2
Réécrivez avec un passif, puis expliquez ce que vous mettez au premier plan : « Les imprimeurs stabilisent certaines graphies. »
Transformation 3
Introduisez une réserve épistémique (prudence sur le degré de certitude) : « Le concile de Tours prouve que le français existe déjà comme langue parfaitement distincte. »
Corriger des erreurs de raisonnement
En 100 mots, expliquez pourquoi « une date n’est pas une naissance linguistique ». Employez deux nominalisations et une concession.
En 100 mots, présentez la standardisation comme un processus à la fois utile et socialement sélectif. Employez deux modalisateurs.
Palier 4 — Réemployer librement
Mini-bilan grammatical
10. Phonétique historique : les traces du passé dans la prononciation actuelle
La prononciation française actuelle conserve des traces d’évolutions anciennes, tandis que l’orthographe garde souvent la mémoire d’états antérieurs. L’objectif n’est pas de reconstruire toutes les étapes du latin au français, mais de comprendre pourquoi graphie et prononciation ne coïncident pas toujours.
Observer
| Mot | Prononciation API (alphabet phonétique international) | Trace historique utile |
|---|---|---|
| temps | /tɑ̃/ | Plusieurs lettres finales ne correspondent plus à des sons prononcés. |
| chantent | /ʃɑ̃t/ | La terminaison écrite -ent des verbes à la 3e personne du pluriel est muette. |
| les amis | /le.z‿a.mi/ | La liaison fait entendre une consonne latente dans certains contextes. |
| les héros | /le e.ʁo/ | Le h aspiré (h qui interdit liaison et élision, sans être prononcé comme une consonne) bloque la liaison. |
| chanter | /ʃɑ̃.te/ | Le groupe initial de cantare a subi une palatalisation au cours de l’évolution vers le français. |
Règles de travail
Une orthographe peut conserver des marques anciennes ou morphologiques qui ne sont plus prononcées.
Certaines consonnes finales réapparaissent en liaison : elles ne sont ni toujours prononcées ni simplement « inexistantes ».
Un changement de son s’inscrit dans des chaînes d’évolution. Les exemples historiques sont des schémas simplifiés, pas des transformations instantanées.
Écoute et discrimination
- Sélectionnez « les amis arrivent » puis « les héros arrivent » et écoutez. Notez la présence ou l’absence de liaison.
- Sélectionnez « ils parlent, ils parlaient, ils parleront » et comparez ce que l’écrit montre à ce que l’oreille distingue.
- Répétez : « Le français change parce qu’il est parlé. » Travaillez les enchaînements et évitez de prononcer toutes les consonnes finales.
11. Du français national aux francophonies contemporaines
L’Organisation internationale de la Francophonie estime à 396 millions le nombre de francophones dans le monde pour 2025, selon la méthode retenue dans son rapport 2026. Cette donnée ne décrit pas une communauté linguistique homogène : elle rassemble des situations très différentes d’acquisition et d’usage.
Le français est langue de la République, mais le territoire possède aussi des langues régionales et des pratiques plurilingues.
Le français se développe dans un environnement nord-américain largement anglophone ; ses normes lexicales et institutionnelles ont leur histoire propre.
Le centre démographique de la francophonie se déplace vers l’Afrique, où le français coexiste avec de très nombreuses langues et remplit des fonctions variables.
Étude de cas — variation légitime
Comparez soixante-dix, septante, déjeuner, dîner, char, voiture. Pour chaque paire, cherchez non pas « la bonne forme », mais : où la forme est-elle usuelle ? dans quel registre ? est-elle comprise ailleurs ? Une norme internationale peut coexister avec des normes régionales.
12. Produire au niveau C1
Production écrite — 350 à 500 mots
Sujet : « La standardisation d’une langue est-elle une condition de son unité ou une réduction de sa diversité ? » Rédigez un essai argumentatif qui mobilise au moins trois périodes historiques du dossier et un exemple francophone contemporain.
L’envoi ouvre votre messagerie et ajoute la mention obligatoire relative à l’option « Correction ».
Production orale — 6 à 10 minutes
Sujet : « Peut-on parler d’une seule histoire de la langue française ? » Préparez un exposé avec annonce du plan, deux moments de mise en perspective, une objection, une réponse à l’objection et une synthèse finale de 30 secondes.
- Une histoire de transformations linguistiques.
- Une histoire de normes et d’institutions.
- Des histoires francophones multiples.
Il convient de distinguer… / Rien ne permet d’affirmer que… / Ce repère est symbolique en ce qu’il… / Cette lecture doit toutefois être nuancée… / À l’échelle francophone…
Grille d’autoévaluation
| Critère | À vérifier |
|---|---|
| Maîtrise du sujet | Je distingue changement linguistique, politique linguistique et codification. |
| Argumentation | Je développe des relations de cause, conséquence, concession et limite. |
| Lexique | J’emploie précisément les termes spécialisés, sans accumulation artificielle. |
| Syntaxe | Je varie phrases verbales et nominalisées, actif et passif, avec une ponctuation maîtrisée. |
| Nuance | Je signale ce qui est attesté, probable, discuté ou interprété. |
13. Notes personnelles et bilan
Cette zone est sauvegardée localement dans votre navigateur. Elle peut servir à conserver des exemples, des questions ou une synthèse avant une séance.
Bilan de maîtrise
14. Fiches PDF à télécharger et à imprimer
Les cinq fiches reprennent les éléments essentiels sous un format imprimable et laissent des espaces d’application.
Dates, processus et distinctions à mémoriser.
13 notions C1, contrastes et exemples.
Nominalisation, passif, modalisation, concession.
Graphie, consonnes latentes, liaison, h aspiré et API.
Réemploi écrit, oral et grille de réussite.
15. Sources documentaires et crédits
Le dossier est une synthèse pédagogique originale. Les repères factuels ont été vérifiés à partir de ressources institutionnelles et patrimoniales.
- Académie française — « Le français aujourd’hui » : origine romane, Serments de Strasbourg, parlers d’oïl et d’oc, rôle du latin.
- Académie française — « Les missions » : montée du français face au latin, codification et variations du XVIIe siècle.
- FranceArchives — Ordonnance de Villers-Cotterêts : contexte et articles relatifs à l’usage du français.
- Bibliothèque nationale de France — Les grammaires françaises : grammatisation et normalisation.
- Ministère de la Culture — Ressources juridiques : article 2 de la Constitution et loi Toubon.
- OIF — La langue française dans le monde, édition 2026 : données contemporaines et diversité des usages.
Crédits Wikimedia Commons
1. P1080348 France, Paris, l'Institut de France… — Marie Thérèse Hébert & Jean Robert Thibault — CC BY-SA 2.0 — page du fichier.
2. Serments de Strasbourg.jpg — Renardeau.arctique, source Gallica — domaine public — page du fichier.
3. François 1er - Ordonnance de Villers-Cotterêts… — François Ier, source BnF/Gallica — domaine public — page du fichier.
4. La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse.png — Joachim Du Bellay, source Gallica — domaine public — page du fichier.
5. Le dictionnaire de l'Academie françoise - 1694 - T2 - M-Q.djvu — Académie française, source BnF — domaine public — page du fichier.
Travaillez l’argumentation, la prononciation ou une production C1 en visioconférence.
