Comment sont commémorés les anniversaires de l’union entre la Savoie et la France

Illustration de la signature du traité de Turin scellant le rattachement de la Savoie à la France

Chaque année, la Savoie commémore son rattachement à la France, un événement historique majeur scellé par le traité de Turin en 1860. Ces célébrations commémoratives prennent des formes très diverses, allant des cérémonies officielles aux fêtes populaires qui animent des villes comme Chambéry ou Annecy. Alors, comment ces traditions ont-elles évolué et que nous disent-elles sur l’identité savoyarde actuelle ?

Le traité de Turin de 1860 : aux origines des célébrations annuelles

Pour comprendre pourquoi on célèbre chaque année l’union de la Savoie à la France, il faut remonter à un document clé : le traité de Turin. Signé le 24 mars 1860, cet accord est bien plus qu’un simple papier ; c’est l’acte de naissance de la Savoie française. Tout a commencé par un accord politique entre l’empereur Napoléon III et Victor-Emmanuel II, alors roi du Royaume de Piémont-Sardaigne.

La France avait aidé le royaume de Victor-Emmanuel II à gagner en influence dans le processus d’unification de l’Italie. En échange de ce soutien militaire et diplomatique, la Maison de Savoie a accepté de céder son berceau historique, la Savoie, ainsi que le comté de Nice à la France. Mais la décision finale a été laissée au peuple savoyard lui-même !

C’est là qu’intervient le fameux plébiscite de 1860, organisé en avril. Les Savoyards ont voté « oui » de manière écrasante à leur rattachement à la France, validant ainsi le traité. C’est donc cet événement, à la fois diplomatique et populaire, qui constitue le fondement historique de toutes les commémorations que nous connaissons aujourd’hui.

Entre cérémonies officielles et fêtes populaires : les différents visages des commémorations

Quand on parle de commémorer l’union de la Savoie à la France, il ne faut pas imaginer un seul type d’événement. En réalité, ces célébrations ont un double visage, un peu comme une pièce de monnaie : d’un côté, le protocole et la solennité ; de l’autre, la fête et la convivialité partagée par toutes et tous. C’est ce mélange qui rend ces anniversaires si particuliers et vivants.

D’un côté, nous avons les festivités officielles. Celles-ci sont souvent très cadrées, avec des dépôts de gerbes devant les monuments, des discours politiques prononcés par les maires, les députés ou le préfet, et parfois des défilés militaires. C’est le moment où la République française rend hommage à cet épisode de son histoire, en rappelant l’importance de ces événements historiques pour la nation.

De l’autre côté, et souvent avec beaucoup plus d’enthousiasme, on trouve les fêtes populaires. Là, l’ambiance est tout autre ! Les associations locales prennent le relais avec des bals, des concerts de musique traditionnelle, des défilés en costumes d’époque et des marchés de produits du terroir. C’est l’occasion de célébrer le patrimoine culturel savoyard dans une atmosphère joyeuse et de renforcer les liens au sein de la communauté.

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Chambéry et Annecy : les capitales savoyardes au cœur des événements

Si la Savoie tout entière vibre lors des anniversaires de son rattachement, deux villes se distinguent particulièrement : Chambéry et Annecy. Véritables cœurs battants des célébrations, chacune joue une partition unique qui reflète son histoire et son statut. Elles ne sont pas juste des décors, mais des actrices à part entière de la commémoration.

À Chambéry, l’ancienne capitale des ducs de Savoie, l’ambiance est souvent empreinte d’histoire et de solennité. C’est ici, au pied du château ou devant la fontaine des Éléphants, que se déroulent les cérémonies les plus officielles. La ville met un point d’honneur à valoriser son passé, souvent en partenariat avec les Archives départementales de la Savoie, pour rappeler les grands moments de l’histoire de la Savoie. Les événements y ont une saveur plus institutionnelle, connectant directement le présent au passé ducal.

À Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, les célébrations prennent souvent un tour plus grand public et festif. La ville, avec son lac et son centre-ville animé, est le cadre idéal pour des événements culturels ouverts à toutes et à tous. On y trouve fréquemment de grandes expositions sur la Savoie, des concerts en plein air et des animations populaires qui attirent les familles. L’atmosphère y est différente, plus tournée vers une célébration partagée et contemporaine de l’identité savoyarde.

Les anniversaires marquants, du centenaire au 150e anniversaire du rattachement

Si chaque année est l’occasion de se souvenir, certains anniversaires sortent clairement du lot. Ce sont les grandes dates, celles des dizaines et des centaines, qui donnent lieu à des célébrations d’une tout autre envergure. Deux d’entre elles ont particulièrement marqué les esprits : le centenaire en 1960 et le 150e anniversaire en 2010.

Les fêtes du centenaire, en 1960, ont été un événement national. Organisées avec faste, elles ont été l’occasion pour la France de réaffirmer les liens forts qui l’unissaient à la Savoie, un siècle après l’annexion de la Savoie. Dans un contexte de reconstruction et d’affirmation de la Ve République, ces célébrations ont eu une portée symbolique très forte, rappelant l’histoire commune depuis le Second Empire.

Cinquante ans plus tard, le 150e anniversaire du rattachement a pris une dimension encore plus spectaculaire. En 2010, les deux départements savoyards ont mis les petits plats dans les grands avec des centaines d’événements tout au long de l’année. Expositions, publications, spectacles, conférences… L’objectif était non seulement de commémorer, mais aussi de faire de cette date un grand moment de partage culturel et de dynamisme pour le territoire.

Quelle place pour l’identité savoyarde dans les célébrations d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui, commémorer l’union à la France ne signifie plus seulement célébrer un événement passé. C’est aussi, et peut-être surtout, l’occasion pour les Savoyards d’exprimer et de revendiquer leur identité savoyarde. Les mentalités ont évolué : on ne célèbre plus une simple annexion, mais plutôt une union entre deux cultures qui coexistent.

Cette affirmation se voit partout. Aux côtés du drapeau tricolore, le drapeau savoyard rouge à croix blanche est omniprésent. Les discours officiels sont souvent complétés par des chants en arpitan, des danses folkloriques et des démonstrations de savoir-faire locaux. L’aspect festif et culturel a pris le pas sur le simple souvenir politique, transformant ces journées en une véritable vitrine de la richesse savoyarde.

Ce besoin de célébrer ses racines se retrouve dans d’autres rassemblements, comme la Fête nationale des Allobroges, qui, bien que distincte, témoigne de cet attachement profond au territoire. Ainsi, les commémorations actuelles sont un équilibre subtil : elles célèbrent le rattachement de la Savoie à la France tout en affirmant fièrement que l’on peut être pleinement savoyard et pleinement français.

En somme, les commémorations du rattachement de la Savoie à la France sont bien plus qu’un simple regard dans le rétroviseur. Elles sont le miroir d’un territoire qui a su tisser un lien unique entre son histoire, scellée par le traité de 1860, et son présent au sein de la nation. Entre cérémonies officielles et fêtes populaires, ces anniversaires montrent comment une identité forte peut à la fois célébrer ses racines et son appartenance, une tradition bien vivante qui continue de se réinventer.

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